« Vous quittez le navire alors que les actionnaires d’Alcatel-Lucent vous ont fait confiance »


( Crédit Photo : ERIC PIERMONT/AFP)

Charles-Henri d’Auvigny, président de la F2iC (Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs), s’adresse à Michel Combes, le président d’Alcatel-Lucent, sur ses indemnités de départ et sur l’affront fait aux actionnaires.


Lettre ouverte d’un actionnaire individuel à Michel Combes.


Cher Monsieur,


Depuis plusieurs semaines, les conditions de votre départ d’Alcatel-Lucent agitent la presse et les commentateurs. Permettez à un modeste actionnaire individuel de vous donner son sentiment.

A votre entrée en fonction, le 1er avril 2013, Alcatel-Lucent connaissait de graves difficultés, qui dataient de nombreuses années. En appliquant les mesures engagées par l’équipe précédente et avec votre impulsion, l’entreprise se redresse. Cet épisode a aussi entraîné de nombreuses suppressions d’emplois dans le monde et en France. Elles étaient sans doute nécessaires pour le maintien de l’activité et des autres salariés. Cette période s’est soldée par un rapprochement avec Nokia, ce qui préserve de nombreux emplois chez Alcatel-Lucent, notamment en France. La multiplication du cours de bourse par trois, témoigne de la justesse de cette stratégie. Par ailleurs, je veux bien croire que, vu les erreurs accumulées dans le passé, il n’y avait probablement pas d’autres alternatives à un mariage.

Néanmoins, vous décidez de quitter le navire alors que le rapprochement avec Nokia n’est pas encore opérationnel. Pourquoi? Vous préférez aller vivre une nouvelle aventure chez SFR-Numéricable, alors que les salariés et les actionnaires d’Alcatel-Lucent vous ont fait confiance pour mener l’entreprise sur ces nouveaux rails avec Nokia. Et c’est là que commence le vrai sujet: celui de vos indemnités de départ. Je ne vais pas me prononcer au nom du droit ; je laisse ce soin à l’Autorité des Marchés Financiers qui s’est saisi de ce dossier. Je réagis sur le plan de la morale et sur votre défense. Dans une interview dans Les Echos du 1er septembre, vous indiquez que ces indemnités sont justifiées car vous avez supporté le risque de l’entreprise et que leur montant était lié au cours de bourse que vous avez fortement valorisé. Une grande partie de la rémunération de ces indemnités est liée aux actions ou aux options d’actions que vous possédez. Les avez-vous achetées comme tous les autres actionnaires? Non. On vous les a attribuées gratuitement. Donc vous n’avez supporté aucun risque, puisque ce n’était pas votre argent, mais celui des actionnaires qui supportent un risque Alcatel-Lucent bien plus réel depuis de nombreuses années.

Par ailleurs, il est surprenant que le conseil d’administration d’Alcatel-Lucent ait revu vos conditions de départ alors qu’il savait vers quelle entreprise vous alliez diriger. Ce conseil change les attributions d’un administrateur juste avant sa réunion de fin juillet et qu’un autre administrateur a démissionné en juin peu après que l’assemblée générale l’eut reconduit pour un nouveau mandat. Aucun communiqué de presse n’est rédigé à ce moment-là! Il n’y avait aucune raison de vous accorder une clause de non concurrence alors que les administrateurs savaient au moins par voie de presse que vous partiez diriger SFR-Numéricable qui n’ait en aucune façon concurrent d’Alcatel-Lucent.

Alors permettez-moi de citer l’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme rédigée en août 1789 et qui est inscrite dans la Constitution de la République française: «Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.» Cet article est un fondement du fonctionnement de notre démocratie. Les commentaires et du Haut comité du gouvernement d’entreprise de l’AFEP et du Medef vous ont fait part d’un certain nombre de remarques. Sans préjuger des suites que pourrons donner la saisine de l’AMF et de vos réponses au Haut comité de gouvernement, je peux vous dire que vous mettez à mal ce principe démocratique avec le concours de votre conseil d’administration. Les actionnaires sont prêts à récompenser à leur juste valeur du travail des dirigeants des groupes français comme leurs salariés. Mais il est important que cela soit juste et équilibré!

Charles-Henri d’Auvigny Président de la F2iC (Fédération des Investisseurs Individuels et des Clubs)


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( Crédit Photo : ERIC PIERMONT/AFP)

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